Travailler à la mine de Vialas

Travailler à la mine de Vialas

L’exploitation de la mine de Vialas offre plusieurs types d’emplois et des conditions de travail particulières.
Il existe différentes catégories de personnels associées à chacune des opérations du traitement des minerais, à savoir : l’abattage, le triage, la préparation mécanique et le traitement métallurgique, ainsi que des personnels d’encadrement et administratif.

Quel travail ?
Lorsqu’on travaille dans la mine, on est mineur, boiseur, tireur ou manœuvre. Les journées sont alors de 10 heures en 1855 et le salaire dépend des quantités de minerai abattu, c’est–à-dire du mètre d’avancement réalisé dans la journée : c’est le prix-fait. M Lan en 1855 précise que "les mineurs sont ordinairement payés au mètre d'avancement, les frais d'hule poudre, entretien des outils étant laissés à leur chagre". En 1856, l'ingénieur Rivotrapporte que les ouvriers des mines gagnent 4 francs 50 par jour, ce qui est moins que dans les mines de charbon de la Grand' Combe. En 1893, à la veille de la fermeture, un procès verbal de visite des mines précise que "les ouvriers du fond sont payés à la tâche et que le salaire journalier moyen au fond ets de 3 francs pour les mineurs et de 2 francs 50 pour les manoeuvres
Il y aussi le personnel d’encadrement et de surveillance qui se compose de maitre mineurs, d’un grand maitre mineur et de l’ingénieur des mines qui supervise l’ensemble de l’entreprise.
Le tri occupe principalement les femmes et les enfants. En 1837 les enfants chargés du tri sont âgés de 8 à 12 ans. Une grande partie est issue de l’assistance publique. Les journées font 12 heures et le salaire est également calculé en fonction des quantités triées dans la journée. En 1855, le trieur et les trieuses sont payés "à raison de 0,20 francs par char de 500 à 600 kg venant de la mine. Les bons trieurs peuvent élaborer 4 à 5 chars dans la journée de 12 heures, les plus faibles, 3 à 4 (note 43). Quelques hommes sont présents pour assurer le cassage des gros blocs et un surveillant s’assure de la bonne marche du travail.
Les ateliers de préparation mécanique emploient des casseurs, des bocardiers, de débourbeurs, de cribleurs, des raffineurs au caisson allemand, des servants de tables de secousses, des aides et des manœuvres. La journée de ces ouvriers est de 12 heures et le salaire est journalier en 1855 puis établi au prix-fait en 1863. Malheureusement, aucun document n'a pu nous fournir les montants de ces salaires. .
La fonderie propose des emplois de grilleurs, de maitres fondeurs et coupelleurs, des aides et des manœuvres. Ce sont des postes particuliers qui durent 8 heures. Comme pour le personnel des ateliers de préparation mécanique, le salaire est attribué à la journée en 1855 puis à prix-faits en 1863.
Des ouvriers sont ensuite rattachés à l’usine pour effectuer des travaux de tous types : deux maçons, deux menuisiers, deux forgerons, deux aides chargés de l’entretien, quatre rouliers au transport et un enfant au courrier.
L’encadrement et l’administration comportent , un directeur et un ingénieur, qui reçoivent des intéressements aux bénéfices de la société, ainsi qu’un comptable, un garde magasin et un surveillant.
Enfin l’usine dispose d’un médecin payé pour partie par la compagnie et par la caisse de secours instaurée avec des retenues sur les salaires.

Le recrutement
« On ne trouve à Vialas que des ouvriers du Pays », écrit l’ingénieur Rivot en 1856.
La main d’œuvre à l’usine est principalement locale, comme l’a démontré Isabelle Bouchard dans sa thèse. Ce sont principalement des paysans-mineurs. Ils disposent d’un lopin de terre, d’une propriété et trouve à l’exploitation de Vialas une source complémentaire de revenus, un moyen d’obtenir des liquidités. Les problèmes d’alimentation en eau de l’usine durant la période estivale s’accordent parfaitement aux travaux des champs. Ainsi l’année des ouvriers se partage-t-elle entre travaux des champs et travaux à la mine. En 1851, la moitié voire les deux tiers des familles de mineurs sont propriétaires d’un lopin de terre d’au moins 2 hectares (note 44).
Le travail à l’exploitation de Vialas est aussi un travail qui demeure rural et familial, comme le rapporte un procès verbal de visite de mines en 1836 : « les ouvriers sont tous sans exception domiciliés et propriétaires dans la commune de Vialas, leur fille et leur femmes sont laveuses, leurs enfants en bas âge sont trieurs ». Ainsi, l’activité minière ne semble pas engendrer un phénomène de prolétarisation de la société au sens où l’entend Marx et comme cela se produit dans la majorité des bassins miniers de l’époque. Un prolétaire est une personne qui ne dispose que de sa force de travail qu’il vend comme une marchandise. « Son mode de vie est alors dépendant du salaire accordé en contrepartie de l’effort fourni et du temps passé. Son identité sociale est directement rapporté à son statut au travail et est définie par les relations qu’il entretient avec des propriétaires de moyens de production, qui achètent sa force de travail dans le but de valoriser ( d’accumuler) leur capital en maximisant leurs profits[…] la condition ouvrière se distingue au demeurant par l’intensité des contraintes au travail, l’exigence usinière de ponctualité et de régularité dans l’effort, la séparation du travail et du foyer domestique » (note 45)
Cependant, il y a bien eu à Vialas des ouvriers étrangers et prolétaires. On sait que des ingénieurs et des maitres mineurs se sont occupés de l’organisation de l’usine. La région allemande du Harz est à l’époque très en avance sur la France concernant le traitement du minerai métallifère. C’est ainsi que l’on retrouve des ingénieurs tels que Soberge ou Wimmer. C’est à eux que l’on doit les appellations particulières de « schlichs », « schlamms », « abzugs »…. Dans ce cas précis, on cherche à l’étranger des compétences. En 1859 les états civils montrent que la mine a recruté des ouvriers à l'extérieur de la Lozère, comme en témoigne les noms particulier, de haute Lozère, de Loire ou d'autres régions françaises comme M. Cornaich, M. Lehuit, M. Kohn....
C’est après la grande sécheresse de 1837 qui contraint l’usine au chômage pendant un an, que l’on recrute de la main d’œuvre étrangère, qui elle, est prolétaire. Des mineurs du Piémont ou de Suisse arrivent, exacerbant la rivalité des Vialassains comme le rapporte le directeur Villemeux dans une de ses correspondances : « en ce moment nous avons accaparé tous les bras du pays. Les étrangers que la renommée nous trouvent, parviennent difficilement à se nourrir et à se loger. Les gens du pays, victimes plusieurs fois de la déloyauté des étrangers se refusent à les recevoir généralement et si quelques uns s’y décident c’est que la cupidité l’emporte sur la prudence, ils exigent de leurs hôtes à peu près tout le montant de leur salaire. De sorte que la position n’est pas tenable. C’est donc déjà une nécessité pressante d’avoir des logements disponibles avec le petit mobilier convenable et d’organiser une cantine où les ouvriers indigènes, les objets nécessaires à la vie jusqu’à ce que le mouvement naturel des choses ait ramené l’équilibre pour ouvrir les mines de Vialas ». C’est pour pallier à ces difficultés d’adaptation que la compagnie fait construire des logements sur la rive gauche de la Picadière, visible sur le plan de 1861 et au premier étage des bâtiments administratifs de l’usine. Un magasin de subsistance est également crée. C’est certainement à cette époque que se met en place le système monétaire à deux valeurs propre au fonctionnement de l’usine. Les ouvriers sont alors véritablement prolétarisés puisqu’ils vendent leur force de travail en échange d’un salaire qui ne pourra être dépensé que dans les magasins de l’usine.
Si seules deux familles d'origine étrangère(allemandes, italiennes) ont réussi à s’implanter durablement à Vialas, le personnel de l’usine redevient local, de Vialas, de la Lozère et de ses environs. Le directeur de l’usine écrit en 1853 : « une partie des ouvriers étrangers ont déserté nos mines sous des prétextes plus ou moins acceptables et peuvent se résumer dans le désir qu’ils auraient de gagner de très fortes journées sans rendre beaucoup de travail.
D’un autre côté ils ont à faire des dépenses comparativement fortes, en raison de la cherté des subsistances et de la difficulté qu’ils éprouvent à trouver pension et logement dans le pays». Les mines du bassin d'Alès, notamment de la Grand'Combe constituent de véritables concurrentes à l'exploitationde Vialas en proposant des salaires plus élevés et des services sociaux plus importants: magasins, cités ouvrières, écoles...
Au même titre, l’absence de mémoire vive de la Mine sur Vialas nous pousse à nous interroger sur l’enracinement réel des mineurs de Vialas. S’ils n’envisageaient la mine que comme un complément de revenus, à sa fermeture ils n’auraient pas fui vers les autres bassins d’exploitation et seraient restés propriétaires sur Vialas. Or à l’heure actuelle, quasiment aucune famille ne se réclame descendante d’un mineur et lorsque c’est le cas, les descendants ne savent pas très bien ce qu’il y faisait. Ainsi, Mme Maury, centenaire à Vialas avait un grand- père mineur, mais est persuadé que l’on exploitait du granit, alors que nous sommes sur un terrain schisteux. Cela est également attesté par une augmentation de salaires envisagée en 1874 « pour retenir la population qui s’en allait de façon alarmante ».
Une caisse de secours et la présence d’un médecin permet d’assurer une pension au mineur et à sa famille en cas de décès, d’accident ou maladie. Elle est financée par une retenue de 2% du salaire des ouvriers et par une subvention de la compagnie. Un médecin est également présent sur l'usine..
Mais les accidents sont rares à Vialas, les procès verbaux de visites de mines (note 47) n'en recensent que cinq entre 1827 et 1894. Un élève de l'école des Mines fut tué en 1877, deux ouvriers blessés en 1878 à cause d'incidents liés à l'utilisation de la poudre..

Les conditions de travail et la discipline ouvrière
Les conditions de travail dans les galeries sont réputées bonnes, car elles jouissent d’un aérage naturel et ne comporte pas de poche de gaz, ce qui permet d’éviter les accidents de poudre et coup de grisou. Néanmoins, le travail reste pénible, et la pollution du lieu incontestable.
La discipline ouvrière est dictée par un livret ouvrier, vendu par la compagnie à son nouvel employé lors de son embauche. Ce livret comporte plusieurs articles qui définissent le comportement de l’ouvrier au sein de l’usine et les modalité d’approvisionnement en poudre, en huile et en outils.
Un système de sanctions est mis en place pour rendre les ouvriers de Vialas plus productifs. Une lettre de 1826 relate les problèmes d’avancements des ouvriers, qui viendraient selon l’auteur d’un manque de surveillance
Une lettre du 7 mars 1826 adressée aux propriétaires des Mines de Villefort Messieurs Boucher et Maztimbert souligne que « les travaux des mines paraissent être conduits avec beaucoup de lenteur, leur extraction des mois de septembre et de octobre 1825 et janvier dernier ont été décroissants et les travaux de préparation donnent aussi de très minces produits et il sont si faibles que quoi que l’on ait mit plus de 2 mois à ramasser la matière de la première fonte (…) nous vous l’avons dit et redit, c’est à Vialas que vous devez donner tous vos soins, c’est sur nos travaux, le bon ( .. ?..) des ouvriers, la surveillance des chefs que vous devez porter toute votre attention. Nous vous le répétons encore, occupez vous de Vialas, c’est la partie la plus malade de votre entreprise, nous comptons sur vous pour la remettre en bon état ».
Ce problème semble persister et un système de sanctions et de primes est mis en place vers 1860 pour contraindre les ouvriers à une meilleur rendement. Rivot explique même que « les ouvriers sont payés à un prix beaucoup moins élevé que ceux des mines de la Grand’ Combe ( …) les ouvriers gagnent peu parce qu’ils travaillent peu » (note 48).

Vialas et son siècle : le progrès social
Le XIXe siècle est celui des progrès. Progrès techniques, progrès sociaux, progrès économique…. Comment se place Vialas par rapport à l’évolution sociale de son époque ?
Il semblerait qu’à certains égards, les dirigeants de l’exploitation de Vialas aient été de véritables progressistes,
Les premiers traits d’une exploitation socialement en avance sont la création de logements pour le personnel, comme nous l’avons dit plus haut, mais aussi la création d’une école obligatoire et gratuite pour tous les ouvriers de l’usine dès 1832, soit 49 ans avant les lois de Jules Ferry. « Sur les soins d’un directeur, une école d’enseignement mutuel a été établie sur les places de triage pour les enfants et les ouvriers de l’établissement . Elle est tenue par un maitre-mineur qui est allé à Mende recevoir l’instruction nécessaire. Elle compte 100 élèves dont 30 environ sont employés comme trieurs. Incessamment, il y aura une école de filles pour les laveuses. Toute la dépense est aux frais des concessionnaires et il y a lieu d’espérer que dans quelques années il pourra faire des connaissances primaires une condition d’admission dans cet établissement »3 « L’instruction est gratuite » (note 50).
De plus, la compagnie s’engage à employer les enfants de l’hospice des mines et à assurer leur besoin principal dès 1837 : « les trieurs sont des enfants âgés de 8 à 12 ans. Une partie, 16 environ, sont des enfants trouvés à l’hospice des mines que M. Chapel s’est engagé à conserver jusqu’à l’âge de 20 ans. Ces enfants sont l’objet de soins particuliers, sous le rapport de la nourrice, l’habillement, le logement et l’instruction religieuse. Ils paraissent fort contents de leur sort et leur tâche est parfaitement appropriée à leur âge. On espère qu’ils formeront une pépinière de bons ouvriers mineurs ». Ainsi ces enfants sont-ils voués à la prolétarisation. Notons toutefois que leurs espoirs de promotion sociale est nettement supérieur à celui des ouvriers adultes issus de l'exode rural.
La compagnie a également mis en place une caisse d’épargne pour favoriser l’épargne des ouvriers.

Photo des mineurs en 1875. Monographie de l'instituteur Richard Vidal, 1874.
En haut les cadres, au millieu les ouvriers, en bas les enfants.